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Archives pour la catégorie Etât d’âme… de pique…

Disette

 

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Il aurait mieux valu que la rue te recrache,
Quand le printemps chantait au dessus de ta tête.

Les bouteilles à tes pieds marmonnaient les défaites,
Les marches d’escaliers étaient ton port d’attache.

On pouvait te blesser n’importe quand et où,
Toi ce qui t’importait c’est que tu vois le ciel,
Avec ou sans accroc, dans tes poches trois sous,
Dans les bruits de la rue, regards pestilentiels,
Des passants résignés à scruter vers ailleurs,
Pour trouver dans tout ça un semblant de morale.

En regardant leurs pieds ils se sentaient meilleurs,
Ils étouffaient dans l’œuf la gêne cérébrale,
Que tu leurs évoquais sous tes habits de suie.

Des fois ils t’embronchaient, ils ne te voyaient pas,
La vie se poursuivait, sans fin en bord de pluie,
Il fallait bien manger, quand bien même parfois…

Alors tu leur tendais ta casquette blasée,
Plus souvent sur le sol que sur ton caillou blanc,
C’était ça de gagné pas besoin de raser,
La vermine fuyait t’étais pas accueillant.

Un peu dans le métro, quelques fois sur un banc,
Tu repensais ta vie, la ruminais de près,
Claudiquais ton passé, tout ça pour pas un franc,
Le présent en sursis, la cirrhose en progrès.

Ils ont déménagé ton corps et ton foyer,
Ton carton et ton chien sans aucun bénéfice…
L’histoire fut réglée comme le fut jadis,
Le dossier des débits sous le bras de l’huissier.

 

Leïla

 

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Je me souviens…

Il fallait remonter le long de la Joliette,
Le béton fatigué, les trottoirs délavés
Entendre résonner le rire des fillettes

Fantômes éthérés jouant sur les pavés Et attendre la nuit…

Pour mater Leïla et ses talons aiguilles
Traînant entre ses cuisses tous les bruits de la ville
La lune lézardée logée dans ses pupilles
Battant le tempo lourd des passions rétractiles
Et attendre son tour…

Il fallait remonter loin le court de sa jupe
Pour trouver son envie et ses amours à vifs
La langue bien pendue au sommet de la butte
Pourléchant les ardeurs de fidèles furtifs
Et attendre pourtant…

Pour mater Leïla et ses talons aiguilles
Cogner le long des rues, glisser le long des voies
Faufiler ses espoirs à l’abri loin des grilles
Où, pâle, elle gisait saignée comme une proie
Et attendre sans fin…

Il fallait remonter longuement les ruelles
Pour suivre Leïla dans les traces de sang
Se rappeler un jour combien elle était belle
Avant de la jeter au coin d’un vieil étang
Attendre seulement…

Il fallait remonter le long de la chaussée
Pour se remémorer qu’elle avait existé
Leïla en enfer la douleur exhaussée
Entre les mains d’un fou d’avoir tant résisté
Depuis je me souviens…

ici…
Ils ont monté ces tours, délogé les nuages
Ont dévoré le ciel, enterré la cité
Leïla pour toujours enfouie dans leurs bagages
Murmures d’horizon dans la férocité
De la ville…

Entracte

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Décembre glisse dans la rame de métro.
Je suis paumé.
Cela fait longtemps déjà que je ne demande plus mon chemin.
Je préfère m’égarer dans mes rêves et veillées,
Allongé à plat ventre sur mon banc.
Est-ce que je fais semblant de vivre ?
Je bouge mes doigts crasseux.
On dirait bien.
Je replie mon sac à dos.
Les relents d’hier soir remontent le cours de ma mémoire,
Longue escale dans mes narines…
Navigation acide, brouillard épais, je flotte à vue basse sur gueule de bois.
Je traîne mon jean usé et ma tronche défectueuse.
Marseille se dérobe sous mes chaussures pelées.

Sur le trottoir d’en face cette fille qui attend,
Ses lèvres enroulées dans un rouge cerise,
Son cou pris dans une écharpe blanche.
Le désir à l’affût, je m’arrête sur les intonations lascives de ses courbes.
Une silhouette à découper, selon les pointillés dessinés par les battements de mon sexe.

Je traverse.
Je veux renifler le parfum matinal de cette fleur de ruelle.
Envie de la croquer jusqu’à la racine.
Etre le caillou de gouttière qui dresse un barrage entre elle et le reste du monde.

Elle me jette un regard, un air d’indifférence dans l’œil.
Pour le lui ôter, je soufflerai bien dessus mon haleine chargée des excès de la rue,
Mais elle semble si légère qu’elle pourrait s’envoler.
Je veux la garder sous les yeux.
Elle est à moi.

Je me rapproche pour mieux voir.
Du poteau où je suis adossé, le panorama est grandiose.
Je ne m’en lasse pas.
Je poursuis mon manège.
« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur »
En attendant la mienne fait le tour de ses seins.

Je voyage entre les lignes de son relief, j’ai appris à lire au moins jusqu’au terminus :
Une chute de rein remarquable…
Et pas de quoi lui payer un café au bistrot du coin.

La galère me fait les poches jusque dans les moments les plus inattendus.

Elle me sourit…
Pour moi c’est comme si elle avait accouché d’un arc-en-ciel, là juste à mes pieds.
Oui M’sieur, dame, tout comme !

Je m’avance, elle aussi…

Derrière moi, cette voix grave qui m’assomme.

«Bonjour toi… »

Son sourire s’agrandit.
Elle passe à côté de mes espoirs débraillés.
Sans me voir…
Elle se jette dans les bras d’un costard impeccable, longuement étuvé à l’after-shave.

Un coulis épais se déverse sur moi. Mélange de décharge et d’âme pâteuse.
Tout-à-l’égout et maléfices.
J’aurai voulu goûter sa bouche.
 Je descends de mon nuage,
Cette fois l’étoile s’éloigne d’un peu plus près.

Je rôde encore un peu pour retrouver son odeur. Evaporée.
La crasse partout, sur les trottoirs, les murs, sous moi, en moi.
Le cœur poisseux, je reprends le spectacle de la ville là où il s’est arrêté.

Fin de l’entracte.

NÅÛŠî©Aˇ

Sichuan

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Il est vingt heure dans mon salon
Et ton malheur me cogne à l’œil
Ta vie ne tient plus qu’en haillons

Ton existence tremble d’effroi
La flamme ne peut plus réchauffer
La froideur des spasmes qui te jettent au sol

Ta misère me sourit en coin
Ta détresse me saute au cœur
Et… je ne sais pas quoi faire

Je vois tes enfants malades
Leurs douleurs me regardent de travers
Dans le fond de tes grands yeux noirs

Et… je ne sais pas quoi faire.

 Ma culpabilité me dévisage
Dans le fond de tes grands yeux noirs
Et j’expectore ce cauchemar depuis mon canapé

La caméra accouche d’Horreurs
L’écran me présente l’agonie
Je la tiens au creux du regard

 Et… je ne sais pas quoi faire

De la souffrance cathodique
Des miettes de vie de loin en loin
Eventrent ma bonne conscience
Et… je ne sais pas quoi faire

Pour que mes frères qui souffrent sache
Que je pleure avec eux, que j’ai mal avec eux
Que je voudrais être avec eux

Qu’est-ce que j’ai fait pour eux?

Il est vingt heure trente dans mon salon…
Le silence raisonne, le silence hurle dans ma tête.

Affreuse petite comptine

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Les enfants du silence
Ams tram gram imagine
Pique et pique la souffrance
Colégram assassine

Les enfants de la violence
Bourés bourés de coups
Ratatam l’ambulance
Ams tram gram contrecoups

Un deux trois laisse la
quatre cinq six être fillette
sept huit neuf vivre aux éclats
Dix onze douze en mille miettes

A la claire fontaine
L’envie de s’y jeter
Pour que le croque-mitaine
Ne puisse la becqueter

Si au clair de la lune
Personne ne répond
Ni aux cris d’amertume
Ni à l’espoir moribond

Il y a toujours un cochon
Qui descend du plafond
Enfonce le dégoût et le polochon
Dans un petit carafon

Et dans la forêt lointaine
On entend le sanglot gémir
Coucou la vie incertaine
Regarde la honte blêmir

Elle court elle court et s’échappe
La petite fille innocente
Elle ne repasse plus par là
Elle veut enterrer tout ça

Mais elle s’en va en guerre
Mironton mironton mirontaine
Contre il y a naguère
Coeur brisé mais sans haine

Les enfants du silence
Ams tram gram imagine
Pique et pique la souffrance
Colégram assassine


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